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Septembre 2017. Départ pour la Roumanie de la ville de Ruse (Bulgarie).

Quelques kilomètres plus loin nous traversons le Danube.

Dans le train, il y a plusieurs étrangers ; ça parle anglais dans le couloir. Dans mon compartiment, je suis seul avec une asiatique paraissant très jeune. Elle me raconte sa vie sans trop de pudeur : elle est de Hong kong, vient de finir ses études et sillonne l'Europe. Elle m'explique que c'est le seul moment de sa vie où elle peut voyager car au travail les hongkongais n'ont presque pas de vacances.

La gare centrale de Bucarest, capitale de la Roumanie.

Direction Sibiu, premier train bondé depuis le début de mon voyage, je dois me tenir debout. Il y a beaucoup de jeunes. C'est un train en bon état plutôt récend. L'ambiance dans le train est sympa. Un jeune me garde mon sac si besoin... Des vendeurs ambulants parviennent à se frayer un passage dans la mélée avec un plateau de cafés, un plateau de glaces ou encore des bricoles (briquets...). Une mamie roumaine qui me voit prendre des photos me conseille de photographier une vieille locomotive antique alors que nous sommes arrêtés dans un petit bourg. Il s'agit apparemment de la loco d'un roi. Le paysage est montagneux. La plupart des roumains descendent à une gare qui semble importante. Nous sommes samedi, ils viennent faire des activités. Désormais, beaucoup de places assises dans le train.

Je me fais le constat que la Roumanie est moins dépaysante que les pays slaves. Il s'agit d'un pays latin comme la France et cela se send. Le partage du même alphabet latin n'est pas la seule explication.

Echange quelques mots avec ma voisine de siège, une femme d'un certain âge qui me semble croyante et qui me dit s'appeler Graziela. Elle veut savoir mon âge et me donne le sien : 56 ans. Elle fait exactement son âge. Graziela me montre une photo de son mari et de son fils sur Facebook. Elle veut savoir si je suis marié et si j'ai des enfants. Mais la conversation n'ira pas très loin vu son trop faible niveau en anglais et français. Elle tente un instant de me parler en roumain mais je la comprends mieux quand elle fait des gestes ! Le train approchant de sa destination, elle veut me prendre en photo, je dis ok. Elle veut que je souris. Et puis quoi encore ? Le paysage change, d'un côté des collines, de l'autre des montagnes au loin.

A Sibiu, je trouve un petit hostel familial, tenu par une canadienne et 3 chats assez sauvages. Une cour intérieure, petite cuisine et chambre sombre avec 6 lits. Le soir, la place centrale du bourg est noire de monde car il y a un grand concert d'organisé (c'est samedi), je parviens péniblement à faire quelques courses dans un supermarché bondé et termine la soirée au hostel en compagnie d'une bière locale et d'une jeune allemande très loquace dont je parviens à capter l'anglais à 50-60% (contrairement à celui de mon hôte canadienne, de la bouillie).

Au matin, je ne sais encore où je vais si ce n'est à la gare voir les destinations. Sur le panneau lumineux sont affichés en particulier les bourgs de Brasov et Sighisoara que l'allemande me conseillait hier soir au hostel d'aller visiter. J'opte pour Sighisoara. Pourquoi Sighisoara ? Parce que c'est une des 3 destinations possibles affichées en gare de Sibiu ce matin là, qu'il y a un hostel à proximité du centre qui semble correct et peut-être surtout parce que le nom me plait. Le train est vieillot mais propre ; c'est une sorte de TER roumain. Plutôt bien rempli, il s'arrête souvent dans de très petites gares. Un petit roumain d'environ 8 ans nous dévore des yeux moi et mon sac. Il fait bien chaud pour une fin de septembre ; grand soleil dehors. Quelques réflexions me viennent alors que mon dos tire un peu : la richesse est une maladie, la pauvreté une richesse, la maladie un langage, le lumbago un coincement entre le ciel et la terre. Par la fenêtre le paysage est changeant. En ce moment, c'est valonné, herbeux et peu boisé. Lors d'un arrêt, le wagon se vide d'un tiers et l'ambiance qui était vivante retombe un peu. Occupant 4 sièges, un type et une adolescente rom avec des gros sacs improbables. Le type, environ 30 ans, ne cesse de téléphoner. La fille environ 16 ans est un joli jeune fauve aux grands yeux marrons ; elle va passer son temps accrochée à la fenêtre ouverte, les cheveux et les yeux dans le vent. Je loupe la photo d'un petit village avec son clocher mignon à cause du soleil en pleine gueule.

Sighisoara. Ville dont le centre ancien touristique est TRES charmant. L'hostel est situé au coeur de ce vieux centre lequel surplombe la ville. On m'alloue un lit dans un dortoir constitué d'une pièce immense, jamais vu ça. Des chevrons au plafond, du vieux plancher au sol, de grandes fenêtres en bois qui donnent sur la rue. Il n'y a que 8 lits superposés et donc beaucoup de place libre. Une salle de bain état moyen à usage exclusif de la chambrée. Dans la rue, je croise un couple de français environ la soixantaine. La femme s'inquiète de trouver un parking surveillé. Je croiserais souvent des français en Roumanie, de tous âges. Le soir je commande une salade à la brasserie de la place principale. Ils ont dû en ajouter sur la carte suite à des demandes d'européens de l'ouest mais ce n'est visiblement pas leur truc les salades. Dans mon assiette, un amas de crudités coupés grossièrement et surtout une quantité invraisemblable de lamelles d'oignons. Pas de sauce, il faut la faire soi-même avec du vinaigre et de l'huile absolument insipides. Pas de pain non plus (je finirais par en demander). Pour faire couler tout ça, je commande une bière de Pensylvanie (40cl 1€80).

Je sors du Hostel à 8h du matin, il fait froid et beau. Je descends du site ancien vers la ville ordinaire. Les cafés sont déjà bondés de jeunes riant, parlant fort et fumant des clopes. La Roumanie est un poisson au porte de l'Europe centrale. J'observe que mon parti pris de voyager en train et dormir dans les hostels implique d'opter soit pour des grandes villes, soit des villes avec un fort attrait touristique. A ce stade je me demande comment je pourrais m'approcher plus encore de la Roumanie normale, c'est à dire hors des chemins touristiques et des grandes villes modernes ? Parfois lors d'attente d'une correspondance, j'ai le temps d'aller humer l'air d'un bourg. Le fait est que j'appréhende d'atterrir dans un endroit semi mort et me faire chier. D'être bloqué une nuit, devoir opter pour un hôtel désert ou autre guets-apens Ma destination suivante, Alba Iulia remplira peut-être pour partie cette attente. Il s'agit certes d'une ville relativement importante, certes bénéficiant d'un site archéologique mais qui me semble absolument pas touristique dans l'esprit.

Départ de Sighisoara. Les sièges sont zébrés beiges-oranges et ne respirent pas la propreté. Paysages très agréables, valonnés. Le train roule vraiment paresseusement depuis le départ. Oublié d'acheter une bouteille d'eau. Je n'ai que quelques gorgées pour 2 heures de train avant un changement. A Teius, j'ai une heure d'attente pour ma correspondance. Il y a une épicerie à 100m de la gare. J'achète une grande bouteille d'eau pour 40ct d'€ ; par erreur gazéïfiée ! Quand on a vraiment soif, c'est buvable. Le petit bourg de Teius est quasi désert, un chien rigolo me suit quelque temps. Il fait chaud à transpirer.

Entre Teius et Alba Iulia, c'est un vieux train à compartiments presque désert. Une très vieille dame gitane vient me demander de l'argent. Je la verrais ensuite mendier dans le centre ville pendant des heures. A Alba Julia c'est presque la canicule. La ville me semble peu charmante au premier abord ; c'est parfois ainsi les lieux non touristiques, les bourgs basiques. La beauté ne nous tombe pas toute cuite dans le cerveau, il faut chercher des choses intéressante par nous même.

Au matin, j'entre dans la gare laissant loin le boulevard puant. Je vais attendre mon train sur les quais. Une fraîcheur légèrement humide emprunte mes narines. Un train démarre en tirant sur sa sirène. Quelques policiers remarquent ma présence. Les rails sont là avec leur rectilignité rassurante et la sobriété du choix binaire qu'ils imposent : direction soit à droite, soit à gauche. Je n'entends que des petits bruits d'une gare peu fréquentée. Je me dis que le train ici n'est pas un moyen de transport quotidien. Les travailleurs utiliseront plutôt le car. J'ai une demi heure devant moi de tranquilité, d'espace et de temps. Ce soir je dors à Budapest.

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